011 – O Òc Si Bai Ya Win Oui Oyi Awè Jo Ja Oua (Première partie + Thèse du livre et du blog)

Sur les différents patois / langues de France (le titre du chapitre donne les divers mots pour « Oui »), et notamment leur rapport avec la Révolution:

  • « According to the Encyclopédie, [patois] meant ‘Corrupt language as spoken in almost all the provinces… « Language » proper is spoken only in the capital.' »
  • « To [l’Abbé Grégoire]’s ears, patois was the voice of superstition and subservience. As a fellow revolutionary put it, linguistic diversity was ‘one of the sturdiest flying-buttresses of despotism.' »
    [→ Notamment parce que les nouvelles et les idées se propagent mal ; traduire les décrets révolutionnaires dans chaque langue c’est cher et ça prend du temps.]
  • « The peasants might talk of Revolution and the Constitution, but when they are asked whose cause they support, ‘they answer without hesitation, « The King’s. »‘ If there were people who thought that the King was still alive and on the throne, how could they be taught the principles of liberty and equality? »
  • « In the Jura, there were ‘almost as many different patois as there are villages.’ Even plants and stars had their own local names, as if each little region lived under a different sky. »
  • Words for « gibberish »: « charabia (from charabiat, a migrant worker from the Auvergne), baragouin (from the Breton bara, bread, and gwin, wine), or « parler comme une vache espagnole » (originally, « comme un Basque espagnol ») »
  • « The town of Salins[-les-Bains] was divided into north and south by a language barrier. The city of Lyon was a hive of micro-dialects: the river people, the butchers, the silk-workes, the fish-wives and the herbsellers each have a language all their own. »

La source (autour de 1790) sur Salins-les-Bains a le bon goût d’être disponible en ligne. Je ne résiste pas à l’envie de la poster en entier:

Une multitude de langues à relier aussi à l’argot (ou les argots – de métier et de malfaiteurs)1. Là, je pense à un passage des Misérables où sont évoqués les différents argots parisiens – le vocabulaire qui désigne un habitant de tel ou tel quartier. Je ne le retrouve pas facilement, je l’ai peut-être imaginé. Je l’ai peut-être lu dans le Disque-Monde à la place.

Un territoire avec une multitude de langages : tourbillon d’images mêlant de la conclusion de Eichmann in Jerusalem (SlateStarCodex review), Seeing Like a State (comme toujours, mais ici c’est le résume par Lou Keep sur Samzdat), ou même la Tour de Babel (« Je suis le commencement et la fin » – Frère John, de Taizé).

→ L’Abbé Grégoire (qui décrit tant les patois) était aussi impliqué dans l’harmonisation des unités de mesure. Quand un village mesure ses impôts en « panier, » le contrôle du volume du « panier » standard peut se faire par le seigneur local (qui va l’utiliser pour oppresser la population.)
Mais ce volume est aussi issu d’une forme de « négociation » avec les villageois (ne serait-ce que par la révolte), qui ont sur la définition de ce « panier » plus de pouvoir que sur « un litre. » Et (comme mentionné par Robb), des « paniers » différents entre régions ont un effet de barrière, de droits de douane anti-délocalisation.
Mais en contrepartie, le peuple ne peut plus aller à Paris demander « des plus gros paniers » parce que ce n’est plus compréhensible pour le pouvoir central.2
Et aussi, « le mètre » permet à long-terme de guérir le cancer et aller sur la Lune.

Similairement, le patois peut être un facteur d’oppression locale, d’éviction du pouvoir central et ses bienfaits, et d’incompréhensibilité face à ce pouvoir central – mais aussi un moyen de pouvoir local, et de protection face à la colonisation du pouvoir central.

Oui, c’est l’idée qui court à travers tout le livre Discovery of France.3

2 – Parallèle gilets jaunes obligatoires : « Mais de quoi ils se plaignent exactement ? Ah, ce doit être du salaire des infirmières ? »

1 – Différents argots parisiens + les idées développées dans le dernier paragraphe = Paris a dû coloniser Paris.

3 – Seeing Like a State rajoute aussi l’observation cruciale que cette colonisation n’est jamais complète, par nécessité : chaque ville ou État « haut-moderniste » (Brasilia, Paris…) ne servit que grâce à son « ombre » illisible, immensurable. Travailleurs sans-papiers, clans implicites, petits boulots, trafics, violations de normes (sanitaires ou autres), « on s’arrange, » « on fera aller, » « on peut faire comme ça ça sera plus simple. »

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